« Du grand art. »

 

« Pour son dernier concert festivalier, Présences féminines a fait appel au talent du jeune Trio Sōra […]. Pour leur première toulonnaise dans l’écrin feutré du Foyer Campra de l’Opéra de Toulon, elles ont littéralement conquis l’auditoire par leur prestation de haute volée, manifestée par une envie évidente de sublimer la musique.

En début de concert, elles interprétaient avec gourmandise le Trio en sol mineur, op.17 de Clara Schumann où se cotoyaient des moments de pure virtuosité, de lyrisme et de poésie intense dans un subtil équilibre des rôles au sein de la formation. Les quatre mouvements joués avec une énergie débordante s’achevaient sur des envolées frénétiques où le clavier, instrument de prédilection de la compositrice, tenait un rôle éloquent.

Vint ensuite la création mondiale de Fragments d’un discours de Michèle Reverdy, oeuvre voulue comme une filiation en hommage à Clara Schumann.

Cette co-commande du Festival et de ProQuartet, d’abord présentée par son auteure pour y livrer des clés d’écoute salutaires, fut interprétée avec une force et un enthousiasme confondants. En émergeaient différentes parties aux caractères emblématiques, allant d’un lyrisme presque néo-romantique à la pure rythmicité en passant par des passages plus ciselés dans un jeu d’accentuation, construisant un récit instrumental cohérent où le dialogue entre les trois protagonistes était exploré dans une multiplicité de combinaisons avec une ferveur communicative : un futur classique, espérons-le.

Pour terminer le programme, une autre compositrice, « soeur de » cette fois, était mise à l’honneur. Dans son Trio en ré mineur, op.11, Fanny Mendelssohn faisait également siens les canons esthétiques du romantisme : brillante pianiste, elle offrait une place de choix au clavier dans une virtuosité débridée en alternance avec des moments plus lyriques réservés aux archets. Du grand art, ponctué en bis par le troisième mouvement de Give Me Phoenix Wings To Fly. Dans cette œuvre, la canadienne Kelly-Marie Murphy utilise un langage aux accents rock fait de riffs furieux, de pizzicati, de glissandi et de pizz bartòk le tout martelé avec une frénésie entêtante comme si on entendait un Vol du Bourdon sous LSD : une composition envoûtante qui achevait une soirée musicalement mémorable et surtout 100% féminine. Chapeau ! » Journal Zibeline – Emilien Moreau